Ce lundi 30 mai une bactérie infectieuse présente dans les légumes mais  imputée à des concombres importés d’Espagne, se propage en Allemagne où 14 décès  et 300 personnes  touchés sont déplorés. En France, quatre cas sont jugés suspects ont été identifiés. Partout en Europe, les autorités sanitaires redoublent de vigilance et appellent à la prudence. Que sait-on de la bactérie incriminée ? Elle est connue sous le type de bactérie à E.coli producteurs de shiga-toxines (STEC), un groupe comprenant quelque 200  différentes souches bactériennes. Certaines provoquent des hémorragies intestinales qui peuvent entrainer la mort, surtout chez les jeunes enfants. Ces bactéries peuvent venir de plusieurs sources : les aliments contaminés-ce qui est la piste privilégiée, l’eau souillée ou la transmission soit via un animal contaminé ou ses déjections, soit de personne en personne. A-t-on identifié l’origine de la contamination ? Les légumes issus de l’agriculture biologique, et a fortiori les concombres, d’un producteur espagnol situé en Andalousie sont soupçonnés d’être à l’origine du lot contaminé. Mais les experts n’ont pas encore réussi « à identifier avec certitude la source de l’agent « , a déclaré Ilse Aigner, ministre allemand de l’Agriculture. Dimanche, Xavier Bertrand confiait d’ailleurs que c’est cette incertitude qui avait dissuadé les Allemands de lancer une « alerte européenne ».

Est-ce une épidémie courante ?

Selon le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (CEPCM), basé en Suède, il s’agit de l’une des plus importantes épidémies de STEC/ syndrome hémolytique et urémique (SHU) jamais recensées à travers le monde et de la plus importante épidémie de ce type en Allemagne. Qui est le plus exposé ? L’épidémie actuelle touche principalement des femmes adultes, ce qui est inhabituel selon les experts. « Alors que les cas de SHU sont habituellement observés chez des enfants de moins de cinq ans, cette épidémie touche à 87% des adultes, principalement les femmes (67% des cas) », précise le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (CEPCM) dans un communiqué.

« Pas une logique de contagion »

Quels sont les symptômes ?

Dans sa forme la plus virulente, la bactérie entraîne des hémorragies dans le système digestif. D’après l’Organisation mondiale de la Santé, la contamination par l’E.coli entérohémorragique peut provoquer « des crampes abdominales et des diarrhées susceptibles d’évoluer vers des diarrhées sanglantes (colite hémorragique). La fièvre et les vomissements peuvent également s’observer. La période d’incubation est de 3 à 8 jours. Dans la plupart des cas, la guérison s’obtient dans les 10 jours, mais chez un petit nombre de patients (en particulier le jeune enfant et lapersonne âgée), l’infection peut conduire à une affection mortelle ». Ces troubles rénaux sévères sont connus le nom de  »syndrome hémolytique-urémique » (SHU). Cette vague de SHU « est une des plus importantes jamais observées dans le monde et la plus importante en Allemagne », a constaté le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Pour en savoir plus sur la bactérie E.coli entérohémorragique, cliquez ici Faut-il craindre une épidémie en France ? L’incubation est de cinq à sept jours. La bacterie pourrait avoir touché la France. Lundi trois cas suspects d’intoxication alimentaire, « en lien avec une épidémie en Allemagne » en raison d’une bactérie trouvée dans des concombres, sont « en cours d’investigation » en France, ont annoncé samedi les ministères de l’Economie, de la Santé et de l’Agriculture dans un communiqué commun. .. Ces cas « importés » ont été détectés à Hénin-Beaumont dans le Nord, à Toulouse et à Bastia. Les ministères ont annoncé qu’un lot de concombres d’origine espagnole considéré comme suspect, « a été livré sur le territoire français » mais que son « retrait du marché a été immédiatement demandé » Samedi soir, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a mis en garde contre toute « forme d’affolement » face aux risques liés à certains concombres. « A partir du moment où on ne consomme pas ce concombre, il n’y a pas les risques et les drames qu’il a pu y avoir en Allemagne », a-t-il assuré lors de l’émission « Revu et corrigé » sur France 5.

« Avoir un principe de précaution personnel »

Quelles sont les recommandations en France ?

Elles concernent surtout les professionnels de santé. L’Institut national de veille sanitaire (inVS) recommande ainsi aux médecins hospitaliers ou libéraux ayant diagnostiqué une diarrhée sanglante ou un syndrome hémolytique et urémique (SHU) survenus depuis le 20 avril chez des patients ayant séjourné en Allemagne dans les quinze jours précédents le début des symptômes de les signaler à l’Agence régionale de santé de leur région. En cas de signes d’alerte, il est recommandé de faire des examens de santé. Les ministères concernés – Santé, Consommation et Agriculture sont « en veille » selon Xavier Bertrand. Faut-il arrêter de manger des concombres ? L’Institut National de Veille Sanitaire (InVS) ne déconseille pas de consommer des concombres ou des crudités, mais d’avoir « un principe de précaution personnel ». Il faut se laver les mains avant de passer à table et en sortant aux toilettes, laver et éplucher les crudités, a déclaré François Weber, directrice générale de l’institut sur Europe 1. Quelles sont les recommandations à l’étranger ? La Belgique a décidé d’interdire les importations de concombres en provenance des distributeurs espagnols. En Allemagne, les autorités sanitaires ont déconseillé à la population allemande de consommer des concombres, des tomates et de la laitue. En Autriche, l’agence de sécurité sanitaire a ordonné le rappel des concombres, des tomates et des aubergines livrés par le producteur espagnol. Elle a précisé que 33 grands magasins autrichiens étaient affectés. En Russie, les autorités ont annoncé lundi après-midi l’interdiction des importations de légumes allemands et espagnols. A terme, Moscou pourrait même étendre cette mesure à l’ensemble de l’Europe.